Réflexions
La Franc-maçonnerie libérale suisse
En ces débuts de 2009, certains d’entre vous, mes FF\ et mes SS\, ont pu voir des vœux exprimés à la population sous la forme d’un message inséré dans le journal Le Temps du 23 janvier. Ces vœux étaient présentés au nom de la Franc-maçonnerie libérale suisse (F.M.L.S.). Que signifiait cette démarche inhabituelle ? Une tentative de recrutement de quelques esprits ouverts qui ne manqueraient pas de se questionner à la lecture de cet encart ? On ne peut le nier, mais était-ce tout ? Était-ce là l’essentiel ? Pour ma part, je ne le crois pas. Il m’a semblé que, pour nous, Francs-maçons, il y avait quelque chose à sentir, à comprendre.
Revenons un peu en arrière et, sans refaire l’histoire de la Franc-maçonnerie, remettons-nous un peu en mémoire ce qu’est la Franc-maçonnerie libérale. Souvenons-nous que tout débute en 1877 lorsque le Grand Orient de France supprime de sa constitution l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme. Ces questions sont depuis perçues comme partie de la sphère privée de chacun et sa liberté de penser est devenue intangible. Un autre événement considérable, qui nous touche particulièrement nous francs-maçons du Droit Humain, se produit en 1882 lorsque la Loge « Les Libres Penseurs du Pecq», après avoir ajouté en 1881 à son règlement intérieur un article prévoyant la participation des femmes aux travaux et s’être vue contrainte de se rendre indépendante pour pouvoir l’appliquer, initie une femme le 14 janvier : notre S\ et fondatrice de notre Ordre, Maria Deraismes.
Ces deux actes, même si le second ne fut pas suivi d’effet immédiatement, sont souvent considérés à l’origine du courant maçonnique libéral de la fin du XIXe siècle.
Le premier marque la volonté d’ouverture, de tolérance par une démarche adogmatique, humaniste. Le second se revendique d’une démarche égalitaire, fraternelle regardant la femme à l’égale de l’homme. Ne nous y trompons pas, les deux démarches sont, pour l’époque aussi révolutionnaires l’une que l’autre et leur concrétisation a nécessité une énergie, un engagement et une conviction hors du commun. Comme le disait notre passé Grand Maître de l’Ordre, le T\III\F\ Njördur P. Njardvík[1], « ... cette période était une période d’optimisme humain, quand les gens croyaient aux idéaux... Aujourd’hui, au début du 21e siècle, nous allons à l’encontre du courant de pensée. Nous ne vivons pas maintenant à une époque favorable aux idéaux. Au contraire, nous vivons dans un temps d’égoïsme, de cupidité, d’esprit mercantile, dominée par les super compagnies multinationales qui, dans leur recherche du profit, peuvent même devenir une menace pour les états et nations.[2] »
Cette Franc-maçonnerie libérale qui ne se reconnaît pas dans la règle en 8 points des Landmarks de 1929 est composée d’Obédiences masculines, féminines et mixtes qui, souvent dans leurs Loges, s’autorisent des discussions politiques, sociale ou religieuses. Pendant près d’un siècle, à travers toute l’Europe, on a souvent trouvé ces Obédiences à l’origine d’avancées et de progrès sociaux.
C’est dans cet esprit d’ouverture que se crée le nouveau rassemblement de la Maçonnerie Libérale Suisse, c’est en tout cas ainsi que je veux le voir, porteur d’une dynamique commune. Ce rapprochement entre le GOS, la GLFS, la GLMS et Le Droit Humain Fédération suisse doit permettre à la Franc-maçonnerie libérale suisse de s’extérioriser et de faire quorum.
S’extérioriser, c’est le terme que nous utilisons souvent pour dire que nous voulons faire action dans le monde profane. Il s’agit donc de faire entendre notre voix, de prendre position parfois au nom des valeurs qui nous caractérisent et nous fondent. De nombreuses formes d’action sont possibles à ce niveau qui vont du colloque à la publication de communiqués en passant par des rencontres publiques, etc.
Mais pour cela, petites, moyennes ou grandes obédiences doivent s’unir pour, comme l’on dit, « faire le poids » ; ce que j’appelle faire quorum, c’est-à-dire atteindre le poids, la masse critique qui fait que non seulement on peut se faire entendre mais aussi que l’on est entendu. Car qu’elle est la valeur d’une parole, d’un cri s’il n’est entendu ? Et quelle est sa valeur si son poids est méprisable ? S’il n’est pas soutenu, continu ?
Il y a donc derrière tout cela la volonté de mettre en commun des moyens, une synergie pour faire que nos petites ou moyennes Obédiences communiquent entre elles, définissent une position commune face au monde profane ; pour qu’elles s’organisent dans le but de régler les problèmes de la Franc-maçonnerie de ce XXIe siècle, pour que nous sortions de l’égoïsme et de la cupidité ; pour que la Franc-maçonnerie retrouve son verbe universel et humaniste, qu’elle replace l’homme et la personne, non pas l’individu, au centre des préoccupations de notre société.
Je salue le geste accompli par nos FF\ du GOS qui, en se montrant solidaires des Dames en Blanc cubaines, ont mis en harmonie le geste et les valeurs morales que nous préconisons. Et cet exemple doit nous inspirer. Lorsque je parle de quorum, c’est à ce poids que notre extériorisation peut représenter que je fais allusion. Car, le fondement de la Franc-maçonnerie libérale, sa raison d’être, c’est de s’inscrire dans son temps, dans la cité, dans le monde. Seulement ainsi servirons-nous l’humanité et peut-être construirons-nous une partie du Temple.
Le 18 avril 2009
[1]La Franc-maçonnerie n’est pas un jardin, Discours pour le 20e anniversaire de la Fédération Suisse du Droit Humain, 20 octobre 2001.
[2] [NDLR] La preuve, flagrante, inhumaine et inacceptable en est dorénavant faite (cataclysme financier de 2007-2008 : subprimes).
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